UFC-QUE CHOISIR DU DOUBS - T.BELFORT

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Que Choisir du Doubs

 

20 septembre 2021

Le retour des farines animales

Forte de l’avis scientifique favorable de l’Efsa, la Commission européenne a réhabilité l’utilisation de certaines protéines animales transformées (PAT) dans l’alimentation des porcs et des volailles.
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Le 18 août dernier, la Commission européenne a réautorisé, après vingt ans d’interdiction pour cause de « Crise de la vache folle », la nouvelle génération de farines animales dans les mangeoires des volailles et des porcs.
Petit rappel, à la fin des années 80, l’agroalimentaire avait eu l’idée de servir à nos animaux d’élevage, des farines composées de viande et d’os issue des cadavres de poulet, de cochon et de leurs congénères. Ces farines étaient un source quasi gratuite car elles étaient récupéré chez les équarrisseurs et dans les abattoirs ; permettant à l’un d’engraisser facilement le cheptel, à l’autre de ce débarrasser des carcasses. Et de rendre un herbivore carnivore.

Donc revoici ces nouvelles protéines animales, qui devront être chauffé pendant trois heures à 180°, afin de stériliser la ration quotidienne de chaque bestiole. Le dernier cas d’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) date de 2016, rappelle la Commission, qui se veut rassurante sur la maîtrise, plus largement, des encéphalopathies spongiformes transmissibles (EST). A l’image du cannibalisme, considéré comme « un facteur de risque majeur d’amplification des EST » par l’experte de l’Anses, l’utilisation de PAT à destination ou issues des ruminants n’est pas à l’ordre du jour.

« Du point de vue nutritionnel, les PAT constituent une excellente matière première (MP) pour l’alimentation des animaux, avec une forte concentration de nutriments hautement digestibles tels que des acides aminés et du phosphore, et une teneur élevée en vitamines », souligne la Commission.
Une idée partagée par le Syndicat national de l’Industrie de la nutrition animale (Snia). « L’incorporation de PAT dans l’alimentation des animaux imposerait de revoir profondément les formules, relève François Cholat, son président. Mais compte tenu des tensions sur la disponibilité de certaines matières premières comme la protéine garantie sans OGM, cela offre de nouvelles perspectives de travail.

Sachant cela, Bruxelles fonde ses espoirs sur la réforme annoncée pour réduire la dépendance du continent « à l’égard des protéines des pays tiers. » Pour la commissaire européenne à la santé, Stella Kyriakides, la réhabilitation encadrée de certaines PAT « est une nouvelle étape de la stratégie euro­péenne De la ferme à la table ».

C’est donc une aubaine pour les industriels qui vont pouvoir abandonner les coûteux tourteaux de soja importés du Brésil.

En 2020, la France a acheté pour environ 1 milliard d’euros, 2,9 millions de tonnes de tourteaux.

Ça tombe bien, notre ministre de l’Agriculture avait annoncé un plan pour réduire notre dépendance au soja brésilien, en doublant d’ici à dix ans les surfaces cultivables en France. En marche vers la souveraineté alimentaire, grâce aux millions de tonnes de PAT.

Et afin d’éviter toutes dérives sanitaires, le règlement se durcit: « Des conditions strictes devraient s’appliquer lors de la collecte, du transport et de la transformation de ces produits (les PAT d’origine porcine et avicole, NDLR), et des échantillons devraient être régulièrement prélevés et analysés, afin d’éviter tout risque et de contribuer à la vérification de l’absence de contamination croisée par des protéines de ruminants interdites et de recyclage intraspécifique. »

Bref vérifier l’absence de contamination croisée. Et comme les abattoirs sont très peu spécialisés par espèces, il y a un fort risque que tout ceci s’entremêle joyeusement.
Et l’ensemble du secteur manque de vétérinaires, notamment pour faire des tests ADN, qui permettent de vérifier que les farines ne mélangent pas les bêtes à plume et à poil.

De nombreuses inconnues subsistent pour qualifier le marché des PAT.

Un scénario inquiète toutefois le syndicat des fabricants d’aliments. Si la matière première devait s’avérer rentable, mais que la France ne prenait pas le virage, pour des raisons idéologiques notamment, d’autres pays européens pourraient bien en profiter et produire à moindre coût.

Bon appétit, avant de se faire rouler dans la farine.

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Que Choisir du Doubs

14 septembre 2021

Épandage des pesticides à proximité des habitations


Épandage des pesticides à proximité des habitations. Le gouvernement obligé de revoir sa copie.


A la suite des recours déposés par nos 8 organisations1, le Conseil d’État vient de rendre une décision majeure dans la lutte contre les pesticides, en annulant, car insuffisamment protectrices, plusieurs dispositions encadrant leur épandage près des habitations : insuffisance des distances minimales pour les produits suspectés d’être cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction (CMR 2) – plusieurs pesticides relevant de cette catégorie-, absence d’information réelle des riverains en amont des épandages , insuffisante protection des riverains et travailleurs. Le Conseil d’État rappelle au gouvernement l’importance de la protection de population contre les méfaits des pesticides et l’invite à prendre enfin sérieusement en compte l’avis des scientifiques en revoyant en profondeur sa copie sous 6 mois.

Alors que depuis 2016, une circulaire de la Direction générale de l’Alimentation recommandait des distances minimales pour les épandages de pesticides à proximité des habitants (5 mètres pour les céréales et les légumes, 20 mètres pour la viticulture et 50 mètres pour l’arboriculture), en 2017 un arrêté a diminué très significativement ces distances de sécurité sans justification scientifique sérieuse. En juin 2019, suite à l’action juridique de nos ONG, le Conseil d’État retoquait en partie cet arrêté au motif qu’il assurait une protection insuffisante de la ressource en eau d’une part, et des riverains de zones traitées d’autre part. Le gouvernement avait alors revu le cadre mais en maintenant des distances ridiculement faibles. Pire, ces distances pouvaient
être encore abaissées dans le cadre de chartes d’engagement départementales rédigées par les agriculteurs eux-mêmes et réduisant dans la plupart des cas les distances d’épandage à 3 mètres pour les céréales et légumes, 5 mètres pour les vignes et les vergers. Alors que ces chartes devaient être soumises aux riverains et aux élus locaux, le masque tombe début 2020, avec plusieurs décisions du Gouvernement autorisant les agriculteurs à appliquer leurs chartes sans s’embarrasser de la moindre consultation !

Suite à nos recours, le Conseil d’État inflige donc un nouveau camouflet au gouvernement.

Des distances d’épandage véritablement protectrice pour les riverains.
La toute récente publication2 de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), basée sur 5 300 études scientifiques, met en lumière le risque accru de maladies (cancer, troubles du développement…) chez les riverains d’exploitations agricoles et notamment chez les jeunes exposés aux
pesticides au cours de leur développement fœtal ou de leurs premières années de vie. Le Conseil d’État partage la préoccupation des experts. En effet, il indiquait déjà dans un précédent avis de 2019 que les riverains devaient
« être regardés comme des habitants fortement exposés aux pesticides sur le long terme ». Il confirme aujourd’hui son analyse en indiquant que « plusieurs études ont mis en évidence (…) une corrélation entre l’exposition à ces produits résultant de la proximité du lieu de résidence avec des zones agricoles et une augmentation du risque de développer certaines maladies »

Des mesures renforcées pour les molécules les plus dangereuses.
De nombreuses molécules de pesticides sont fortement suspectées d’être cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques (CMR) ou d’être des perturbateurs endocriniens. Au regard du risque accru que ces substances font courir aux populations riveraines, le rapporteur public avait demandé que 35 substances actives ne puissent être pulvérisées à moins de 20 mètres des habitations. Le Conseil d’État abonde dans ce sens en constatant que « l ’avis de l’ANSES du 14 juin 2019 (…) recommande de prévoir des distances de sécurité supérieures à 10 mètres pour l’ensemble des produits classés cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction, sans distinction des catégories de danger prévues par le règlement du 16 décembre 2008 ». En rappelant le principe de précaution, le Conseil d’État invalide donc les distances minimales pour les produits suspectés d’être CMR, et demandent donc qu’elles soient revues à la hausse.

1 Alerte des médecins sur les pesticides, Collectif des victimes des pesticides de l’ouest, Collectif des victimes des pesticides des Hauts de France, Eau et Rivières de Bretagne, France Nature Environnement, Générations Futures,
Solidaires, UFC-Que Choisir
2 ‘Pesticides et effets sur la santé, nouvelles données’ – Expertise collective – Inserm – Juin 2021

L’information préalable aux épandages
Le Conseil d’État estime indispensable de prévoir l’information des résidents et des personnes présentes à proximité des zones d’épandage en amont de l’utilisation des pesticides.
Après nos critiques répétées, cette décision souligne en creux combien le gouvernement a méprisé, malgré ses déclarations, la préservation de la santé et de l’environnement des riverains. A défaut d’avoir été entendus dans le cadre des consultations fantoches qu’il a organisées autour du sujet, nous pressons aujourd’hui le gouvernement de faire enfin preuve de responsabilité et de répondre pleinement à l’appel formel du Conseil d’État.

Fortes de cette décision, nos organisations exigent ainsi que le Gouvernement remette la santé des riverains et des utilisateurs de pesticides au cœur des préoccupations en :
– Adoptant immédiatement, sur la base des recommandations scientifiques, des distances minimales réellement protectrices, et en garantissant une meilleure   information des riverains en amont de l’utilisation des pesticides.
– Arrêtant immédiatement la mascarade sur la consultation actuelle autour « des chartes d’engagement » que le Ministère de l’Agriculture relance en catimini et en pleine torpeur estivale pour réduire les distances d’épandage alors même que le Conseil Constitutionnel et le Conseil d’État aujourd’hui même ont rappelé que celle-ci relevait du domaine de la Loi.

Que Choisir du Doubs

6 septembre 2021